Cette année, Gciné accueille des stagiaires de 2nde pour la première fois ! Ielles découvrent l’association, rencontrent divers bénévoles et “couvrent” le Festival du cinéma d’animation d’Annecy. Vous pouvez suivre leurs aventures sur notre compte Instagram, mais il leur arrive également d’écrire des articles sur leur expérience :
Durant la séance de court-métrage « L’officiel 1 », nous avons pu assister à une fin de séance très agitée…
Après la diffusion de l’avant-dernier court-métrage « God is shy » de Jocelyn Charles, plusieurs spectateurs ont quitté la salle. Peut-être devaient-ils partir plus tôt pour aller à une autre séance ? Peut-être n’avaient-ils pas envie de voir le dernier film…
La présentatrice annonce «Danse Macabre» et le film commence. Une danse macabre est un motif artistique (peinture, musique, animation…) caractérisé par des représentations de la mort dans de nombreuses cultures. Elle aurait une dimension égalitaire et libératoire.
On voit dans le film des images animées impressionnantes qui peuvent être assimilées à de la peinture à l’huile. Ces peintures représentaient des millions de squelettes interprétant la composition de Camille Saint-Saëns « Danse Macabre ». Durant la séance, le film sort du lot par sa beauté, sa grandeur et son exécution parfaite. Ce film ressemble à une performance artistique majestueuse malgré le fait qu’il ne soit pas narratif.
Au bout de 5 minutes, le film prend fin, il est donc l’un des court-métrages les plus courts de cette année. Cependant au lieu de recevoir des applaudissements comme tous les films de cette séance, le film est hué par le public, à la surprise de certains spectateurs ! Une fois le silence revenu et la salle calmée, une spectatrice, située vers la sortie de la salle se met à vociférer en anglais en direction de l’avant de la scène donc sûrement en direction du réalisateur de ce court-métrage : «Shame on you !». Elle répète plusieurs fois cette phrase. Elle reproche au réalisateur d’avoir utilisé l’intelligence artificielle. Une fois cette spectatrice partie, la salle applaudit son discours. Cette séance désastreuse était sur le point de s’achever, quand la présentatrice appela le réalisateur Hisko Hulsing à se lever. Il a d’abord salué, puis a entendu les huées et soudainement, furieux, à fait des gestes injurieux au public. Il s’est rassis et la séance a pris fin dans une atmosphère tendue.
Hisko Hulsing est donc accusé d’avoir utilisé l’IA pour son film. Et cette accusation a de grandes chances d’être vraie car on ne peut pas réaliser un film comme celui-ci sans l’usage de l’IA. Cependant il ne faut pas croire que ce film est entièrement conçu avec l’Intelligence artificielle. En effet, depuis 11 ans Hisko Hulsing se consacre à ce projet. Sur une photo d’un making of on le voit peindre une toile qui apparaît animée dans le film. Par ailleurs, Mr. Hulsing n’a pas peint qu’un seul tableau pour réaliser ce projet mais 75. Il les a ensuite animés à l’aide de l’intelligence artificielle, ce qui peut, en effet, interroger sur la légitimité de son travail.
Le festival d’Annecy a mis au point un règlement clair sur l’IA :
« Lorsque l’intelligence artificielle façonne sensiblement l’œuvre, dans sa conception ou sa fabrication, une note d’intention sera exigée. Cette note devra justifier le recours à l’intelligence artificielle d’un point de vue artistique, mais aussi indiquer les outils utilisés, évaluer les enjeux juridiques et anticiper l’impact potentiel sur l’organisation du travail et plus largement sur la stratégie de production. »
Par conséquent, si Hisko Hulsing a utilisé l’IA, on peut se demander si son travail est légitime dans ce festival : certes, elle est utilisée dans un objectif artistique ; mais cela a créé une inégalité entre les films et les moyens utilisés par les équipes. Cependant, le festival d‘Annecy a accepté ce film dans la compétition.
Malgré cette légitimité dans la compétition des courts-métrages, nous, spectateurs, pouvons nous demander si l’IA a sa place dans un festival et si ce film doit être considéré comme un film d’animation.
Alec


